David Brognon et Stéphanie Rollin se sont vu attribuer ce jeudi 22 octobre au musée d’Art moderne de Paris le prix Marcel-Duchamp 2026. Une consécration internationale qui résonne particulièrement au Grand-Duché, où l’histoire de ce duo d’artistes franco-belgo-luxembourgeois est née, vingt ans plus tôt.
C’est en effet au Mudam, avant même l’ouverture du musée, que David Brognon et Stéphanie Rollin se rencontrent en 2006. Elle, française née au Luxembourg en 1980, revient d’une école d’art à Londres. Lui, belgo-luxembourgeois né à Messancy (Belgique) en 1978, est alors régisseur des collections et artiste autodidacte. Leur collaboration commence dans les coulisses du musée, avant de devenir une aventure artistique à part entière, officiellement lancée l’année suivante.
Vingt ans plus tard, le duo Brognon Rollin décroche le prix Marcel-Duchamp 2026, l’une des distinctions majeures de l’art contemporain en France. L’équivalent d’un Goncourt pour la littérature, si l’on ose la comparaison. Fondé en 2000 par l’ADIAF (Association pour la diffusion internationale de l’art français), le prix récompense annuellement un artiste français ou résidant en France.
5.376 années de luttes et d’espoir face à l’addiction
Dans le cadre de cette édition 2026 du prix Marcel-Duchamp, le duo Brogon Rollin présente 5.376 years, 1.892 months, 1.110 days, 1.201 hours, une installation consacrée aux jetons de sobriété remis aux personnes qui luttent contre une addiction. Collectés depuis 2022, ces petites médailles symbolisent des étapes d’abstinence, des victoires personnelles, mais aussi des rechutes et des recommencements. Ensemble, ils totalisent quelque 5.376 années de temps vécu.
Ces jetons, le duo les met en scène dans quatre machines pousse-pièces, semblables à celles des fêtes foraines. Les mécanismes fonctionnent à des rythmes différents, d’une minute à douze heures, mais les jetons restent immobiles. Le mouvement promet une chute qui ne vient jamais: une tension entre attente, fragilité et espoir, au cœur de leur travail sur le temps.
« 5.376 ans, c’est la somme des durées de jetons de sobriété qui se trouvent dans toutes les machines réunies dans la salle d’exposition. Ces jetons sont donnés dans des groupes de parole pour des gens qui luttent contre l’addiction; ça a été créé par les Alcooliques anonymes et ça s’est élargi à différentes addictions. Donc ces jetons sont chargés d’histoires personnelles. » détaille David Brognon.

L’œuvre, visible jusqu’au 7 février 2027 au musée d’Art moderne de Paris, illustre toute la démarche de Brognon Rollin: rendre visibles des histoires humaines souvent ignorées, sans jamais réduire les personnes à leurs difficultés. Depuis leurs débuts, David Brognon et Stéphanie Rollin développent une œuvre qui échappe aux catégories trop étroites. Installations, sculptures, photographies, vidéos et performances deviennent autant de moyens d’aborder des expériences humaines souvent invisibles.
Leur sujet de prédilection? Le temps, l’attente, l’enfermement et la fragilité. Mais aussi les individus que la société place en marge: des détenus, des travailleurs frappés par la fermeture d’une usine, des individus dont l’existence se déroule loin des regards, ou, comme ici, des vies humaines confrontées à l’addiction. Cette attention aux autres donne à leur travail une dimension politique sans sacrifier la poésie. Plutôt que d’illustrer un discours, ils rendent perceptibles des réalités sociales complexes.

C’est au Luxembourg que David Brognon et Stéphanie Rollin ont croisé leurs chemins, donnant naissance à un duo dont l’attention aux fragilités humaines résonne 20 ans plus tard sur la scène internationale. Ce soir, leur consécration a une saveur toute particulière au Grand-Duché: celle d’une histoire qui, avant de rayonner bien au-delà de nos frontières, a débuté ici.









