La vidéo a-t-elle encore un avenir à l’ère de l’IA?

Une tribune signée Nicolas Mazuis, Head of Photo / Video Production chez Takaneo.

Pendant des années, la vidéo a été le format roi. Réseaux sociaux, communication des marques, publicité… elle était partout. Et aujourd’hui, avec l’explosion de l’intelligence artificielle, une question revient: la vidéo a-t-elle encore un avenir?

La réponse est oui. Mais elle change de nature.

Je suis né dans les années 90. Donc je fais probablement partie de cette génération qui finira par dire, comme beaucoup d’autres avant elle: « C’était mieux avant. » Et même si ça fait sourire, ce n’est pas forcément faux. Je ne parle pas de technologie, mais de sensations. Construire des cabanes dans les bois, l’odeur de l’herbe humide un soir d’été, la lumière qui tombe doucement. Des moments simples, mais qui me touchent. Pour moi, la vidéo a toujours été liée à ça: capter quelque chose qui ne se répètera pas deux fois. Et c’est précisément là que l’IA change la donne.

Aujourd’hui, produire une vidéo est devenu simple. Ce qui demandait des jours de tournage, une équipe et un budget peut se faire en quelques minutes. Images générées, voix artificielle, avatars… les possibilités sont immenses. Mais pour la première fois, une image ne garantit plus qu’elle a existé. Car oui, aujourd’hui les rendus IA sont ultra-réalistes. Ce qui pouvait se repérer facilement avant, est devenu un vrai défi.

Pour la première fois, une image ne garantit plus qu’elle a existé.

Nicolas Mazuis, Head of Photo / Video Production – Takaneo

Pendant longtemps, une vidéo était une trace du réel. Quelqu’un était là, à un moment précis, avec une caméra. L’image existait parce qu’elle avait été vécue. Aujourd’hui, ce lien devient optionnel. Et paradoxalement, c’est ce qui redonne de la valeur au réel. Car ce qui faisait la force d’une image, c’était aussi son incertitude. Attendre la bonne lumière, espérer que les conditions soient réunies, être au bon endroit au bon moment. Ces moments ne se programment pas. Ils arrivent, ou non. Et quand ils arrivent, ils sont uniques.

J’ai eu la chance de participer à un tournage à l’Opéra de Paris avec Harlequin Floors. Des lieux chargés d’histoire, de grands noms de la danse… et c’est justement là que tu comprends que certains moments ne s’inventent pas. Je suis aussi très reconnaissant de pouvoir vivre ça, de rencontrer des personnes qui ont fait de leur passion leur métier, et d’avoir la chance d’en faire partie.

Peut-être que j’y suis aussi sensible parce que je viens de la 3D. J’ai vu ce que la technologie peut faire à un métier: des semaines de travail qui deviennent quelques secondes, des compétences qui deviennent remplaçables, des studios qui mettent la clé sous le paillasson. Une image sur laquelle je passais un mois pourrait aujourd’hui être générée en quelques secondes. Ce n’est pas forcément une mauvaise chose. C’est une évolution. Mais quand tout devient facile à produire, la valeur se déplace. Aujourd’hui, elle ne réside plus dans la capacité à créer une image, mais dans la capacité à lui donner du sens. À faire ressentir quelque chose. Dans un monde saturé d’images générées, l’authenticité devient un signal fort. Personnellement, ce qui marque, ce n’est pas ce qui est parfait, mais ce qui émeut.

Quand tout devient facile à produire, la valeur se déplace. Aujourd’hui, elle ne réside plus dans la capacité à créer une image, mais dans la capacité à lui donner du sens. À faire ressentir quelque chose. Dans un monde saturé d’images générées, l’authenticité devient un signal fort.

Nicolas Mazuis, Head of Photo / Video Production – Takaneo

Une vidéo ne vaut plus seulement pour sa qualité visuelle, mais pour ce qu’elle prouve: qu’un moment a existé, que des personnes étaient là, que ce que l’on voit a été vécu. Autrement dit, plus l’image artificielle devient facile à produire, plus l’image réelle devient précieuse. La vidéo ne disparaît donc pas. Elle évolue.

L’IA va continuer à transformer les outils, les usages, les workflows. Mais la différence ne se fera plus dans la capacité à produire des images. Elle se fera dans l’intention, dans le regard, et dans la capacité à capter quelque chose qui s’est passé. Car demain, tout le monde pourra générer une image mais tout le monde ne pourra pas capturer un moment qu’il a vécu. Et c’est peut-être là que se trouve la nouvelle valeur de la vidéo: non pas dans la perfection, mais dans ce qu’elle fait ressentir, même avec des imperfections.