Au Luxembourg, la journaliste d’investigation Véronique Poujol visée par une campagne de dénigrement anonyme

Enregistré sous le nom de domaine veroniquepoujol.com, un site anonyme a été créé dans le but apparent de porter atteinte à la réputation de Véronique Poujol, journaliste d’investigation chez Reporter.lu. Révélée par le Land, cette affaire suscite de nombreuses réactions dans le paysage médiatique luxembourgeois et soulève des questions sur les nouvelles formes de déstabilisation en ligne.

Présentée comme une « enquête journalistique », le site veroniquepoujol.com publie une série d’accusations visant directement la journaliste, notamment sur sa supposée partialité, son éthique professionnelle et des faits de corruption. Des accusations formulées à partir de prétendues sources anonymes – de soi-disant anciens collègues – sans éléments probants permettant de les étayer.

Selon les informations relayées par la presse luxembourgeoise, le site et les contenus trilingues qu’il diffuse auraient été générés à l’aide de l’intelligence artificielle. Une technologie ici détournée de ses usages habituels pour produire des contenus à charge, présentés sous une apparence éditoriale.

Des enquêtes qui ont marqué la vie politique luxembourgeoise

Véronique Poujol est une figure bien connue du journalisme luxembourgeois. Elle a notamment travaillé pour l’AFP, Paperjam et le Lëtzebuerger Land. Entre 2016 et 2019, elle fait une parenthèse dans sa carrière journalistique en rejoignant la Cour Grand-Ducale comme première conseillère auprès de la Grande-Duchesse Maria Teresa. De retour à l’investigation depuis, elle travaille aujourd’hui pour le média pure player Reporter.lu.

Étant souvent la seule journaliste qui couvre les grandes affaires économiques et financières du pays, Véronique Poujol est décrite par le site incriminé comme « la journaliste la plus redoutée du Luxembourg ». À 64 ans, la journaliste de nationalité française compte parmi ses enquêtes les plus médiatisées celle liée aux révélations sur les écoutes secrètes, qui ont contribué à provoquer la chute du gouvernement de Jean-Claude Juncker en 2013. Trois ans plus tard, son travail journalistique « courageux et méritant » était récompensé sur la scène internationale par le Prix Falcone 2016 pour la démocratie.

« Le jury a souhaité valoriser le travail journalistique au Luxembourg à travers votre personne, votre pays étant beaucoup trop présenté comme une plateforme financière, alors qu’une véritable veille sur ces questions financières est menée au niveau journalistique. Vous défendez ainsi les valeurs de la démocratie, la liberté d’informer, auxquelles les organisateurs de ce prix sont attachés. Ce travail est courageux et méritant. Et nous souhaitons le faire savoir. » écrivait alors le co-fondateur du prix, Laurent Hincker, avocat spécialiste des droits de l’Homme et président de l’association IFRAV.

Des auteurs difficiles à identifier

La Journaliste de 64 ans a fait appel à un avocat et une plainte doit être déposée, a confirmé son conseil au Tageblatt. L’identification des responsables pourrait toutefois s’avérer complexe: le nom de domaine est enregistré aux États-Unis, tandis que l’entité qui l’a enregistré serait basée en Malaisie.

Screenshot du site incriminé veroniquepoujol.com

À ce stade, l’identité des personnes à l’origine du site demeure inconnue. Les éléments disponibles ne permettent pas non plus d’établir qui a financé ou commandité sa création.

La Presse luxembourgeoise solidaire

Depuis la révélation de l’affaire, plusieurs journalistes et professionnels des médias ont exprimé leur soutien à Véronique Poujol sur les réseaux sociaux, dénonçant une attaque contre une journaliste et, plus largement, contre la liberté de la presse. « Nous sommes aux côtés de notre journaliste », a notamment déclaré Laurent Schmit, rédacteur en chef adjoint de Reporter.lu.

Au-delà du cas individuel, cette affaire illustre les risques liés à la fabrication de contenus trompeurs à l’aide de l’intelligence artificielle. Lorsqu’elle sert à produire de fausses informations ou à donner une apparence de crédibilité à des accusations anonymes, la technologie peut devenir un instrument de dénigrement particulièrement difficile à combattre.

(c)Photo: Christian Peckels pour Reporter.lu