Ce que l’IA dit de vous quand vous n’êtes pas dans la pièce

Une tribune signée Patrick Lesage, CEO & founder de Takaneo

Il y a quelques mois, un prospect m’appelle. Et comme je demande systématiquement comment les prospects nous ont trouvés, il me répond tout simplement: « C’est ChatGPT qui m’a dit de vous contacter! » Il cherchait une agence de communication créative au Luxembourg. Il a tapé exactement ça dans ChatGPT. Et ChatGPT lui a recommandé Takaneo. Sur le moment, j’ai été surpris, interloqué. Puis, en y réfléchissant bien, je me suis dit que c’était logique.

Pas par arrogance. Mais parce que ce que l’IA venait de faire, c’est exactement ce qu’un bouche-à-oreille bien construit fait depuis toujours: elle a synthétisé ce que les autres disent de vous, et elle en a fait une recommandation. Et sur ce terrain-là, soit vous avez travaillé votre réputation en ligne, soit vous ne l’avez pas (encore) fait, et il est temps de s’y mettre!

Un métier en mutation permanente

Depuis que j’ai fondé Takaneo en 2014, j’ai vu le métier se transformer plus vite que n’importe quelle autre période de son histoire. Nouveaux canaux, nouvelles techniques, nouvelles attentes des clients. Chaque année ou presque, quelque chose change qui oblige à repenser la dynamique du référencement, du positionnement, la clarté des messages.

« On ne peut pas conseiller nos clients sur leur visibilité si on ne comprend pas soi-même les règles du jeu qui sont en train de changer. » C’est une conviction que j’ai depuis le début. Ce mouvement permanent nous a d’ailleurs conduits à repenser notre propre communication et notre propre positionnement pour Takaneo qui se définit maintenant comme une agence 361 degrés – The extra human degree. Le GEO en est aujourd’hui l’illustration la plus concrète.

« Le GEO, je le vois comme le nouvel allié des marques. Moins prévisible que Google en raison de la randomisation des résultats, il ne fonctionne pas selon une logique algorithmique fixe. Mais il reflète quelque chose de plus profond: la réputation réelle d’une marque telle qu’elle existe dans l’écosystème digital au sens large. »

Ce que l’IA lit avant de vous recommander

Ce qui m’a frappé dans cet épisode, c’est moins le fait d’apparaître que la mécanique derrière. ChatGPT ne visite pas votre site le matin pour décider qui recommander. Il agrège. Il lit ce que les médias spécialisés ont écrit sur vous, les tribunes que vous avez signées, les interviews que vous avez accordées, les avis clients, ce que d’autres mentionnent quand ils parlent de leur secteur. Claude, Gemini et Perplexity fonctionnent sur la même logique, chacun avec ses propres sources et ses propres critères de sélection. Ce qui signifie que votre visibilité n’est pas liée à un seul outil, mais à la solidité globale de ce que le web dit de vous.

L’IA ne vous attend pas. Elle s’est déjà forgé une opinion sur votre marque, construite à partir de tout ce que le web a écrit sur vous, en bien ou en flou.

Une étude McKinsey publiée en octobre 2025 l’a formalisé de façon assez saisissante: le site web d’une marque ne représente que 5 à 10% des sources que les moteurs génératifs consultent pour parler d’elle. Les 90% restants viennent de ce que les autres ont écrit sur vous, ailleurs, sans que vous ayez été invité à relire.

Ce renversement est structurel. Vous pouvez avoir le site le mieux conçu du marché: l’IA se forge une opinion à partir de ce que le reste du web dit de vous. Et cette opinion circule, même quand vous n’êtes pas dans la pièce…

Un phénomène qui concerne tout le monde

J’entends parfois que le GEO, c’est pour les grandes marques. Je ne suis pas d’accord. Tout le monde est concerné. Et pour s’en convaincre, il suffit d’une question simple: combien d’entre nous ont déjà trouvé un nouveau prestataire, découvert une nouvelle société, pris une décision d’achat grâce à un outil IA? La réponse, je pense, est assez évidente.

Les chiffres confirment cette intuition. Selon Bain & Company (février 2025), 80% des consommateurs s’appuient déjà sur des résumés générés par l’IA pour au moins 40% de leurs recherches, entraînant une baisse de 15 à 25% du trafic organique traditionnel. Gartner prévoyait dès 2024 une chute de 25% du volume de recherche traditionnelle d’ici 2026, au profit des assistants conversationnels comme ChatGPT, Claude ou Gemini. Ce n’est plus un sujet pour les équipes SEO. C’est un sujet pour tous ceux qui construisent des marques.

Ce que j’observe sur le terrain luxembourgeois

J’ai commencé à poser la question autour de moi. À des clients, amis entrepreneurs, à des contacts du secteur. « Tape le nom de ta boîte dans ChatGPT. Qu’est-ce qu’il dit? »

Les réponses sont de trois types:

Soit rien. La marque n’existe pas vraiment pour l’IA. Ce sont souvent des entreprises sérieuses, bien implantées localement, mais dont la présence éditoriale n’a pas été construite.

Soit quelque chose de flou, parfois inexact. L’IA a trouvé des fragments épars et en a fait une synthèse approximative. Ce qui est dit n’est pas faux, mais ce n’est pas non plus ce que l’entreprise voudrait qu’on retienne d’elle.

Soit une description claire, précise, cohérente avec ce que la marque veut incarner. Ces entreprises ont une chose en commun: elles ont travaillé leur présence sur la durée, pas en mode campagne, mais en mode fond. Des tribunes signées, des interviews dans des médias de référence, du contenu de fond sur leur site, des prises de position publiques sur leur secteur.

Deux niveaux de visibilité que la plupart des marques ne distinguent pas

Il y a une nuance que je trouve importante et qu’on n’entend pas souvent. Apparaître dans une réponse IA, c’est en réalité deux choses très différentes.

La première, c’est d’être cité comme source d’autorité. L’IA reprend votre point de vue, votre expertise, en vous en attribuant clairement la paternité. « Selon Takaneo, le GEO devient un enjeu central pour les marques luxembourgeoises. » Ce niveau se construit par le contenu: tribunes signées, articles de fond, prises de position claires et répétées sur un sujet.

La deuxième, c’est d’être recommandé directement quand quelqu’un cherche un prestataire. C’est ce qui s’est passé avec ce prospect. Ce niveau-là dépend davantage de la cohérence globale de votre présence: ce que disent les médias, les partenaires, les clients, et la manière dont tout ça forme un tableau lisible pour un moteur génératif, qu’il s’appelle ChatGPT, Claude, Gemini ou Perplexity. Les deux se travaillent, mais pas avec les mêmes leviers. Et confondre les deux, c’est souvent là où les stratégies GEO tournent à vide.

Ce que ça change concrètement

Ce sujet redistribue la valeur de certaines actions. Publier une tribune dans un média sectoriel reconnu n’est plus seulement un exercice de crédibilité vis-à-vis des lecteurs humains. C’est un signal que les moteurs génératifs vont lire et agréger. Une étude de Stacker publiée fin 2025 montre que distribuer son contenu sur plusieurs publications tierces peut augmenter les citations IA jusqu’à 325% par rapport à une présence limitée à son propre site. Un post LinkedIn sponsorisé, lui, n’influence pas les recommandations de ChatGPT, Claude ou Gemini.

Publier une tribune dans un média sectoriel reconnu n’est plus seulement un exercice de crédibilité vis-à-vis des lecteurs humains.

Le GEO ne se limite pas à la dimension éditoriale. La structure technique de votre site, la façon dont il est balisé et rendu lisible pour les crawlers des moteurs génératifs, joue également un rôle. Mais c’est un sujet à part entière. Ce qui nous intéresse ici, c’est la dimension stratégique: ce que vous dites, où vous le dites, et avec quelle cohérence.

Quelques repères concrets pour les communicants qui veulent travailler leur visibilité IA

Testez ce que les IA les plus utilisées comme ChatGPT, Claude, Gemini et Perplexity disent de vous sur vos requêtes clés, régulièrement. Chaque outil a ses propres sources et ses propres biais. Les réponses varient parfois considérablement d’un moteur à l’autre. Posez les questions comme le ferait un prospect, pas comme le ferait votre directeur marketing.

Vérifiez que votre site autorise les robots des moteurs IA à l’indexer. Ce n’est pas automatique: certaines configurations de robots.txt ou l’absence de fichier llms.txt bloquent silencieusement les crawlers. Votre site peut être parfaitement référencé sur Google mais invisible pour Claude ou Gemini, car inaccessible par les IA.

Rendez votre site lisible par l’IA, pas seulement accessible. Ce sont deux choses différentes. Un site lisible pour un moteur génératif, c’est un site dont la structure éditoriale est claire dès les premières lignes, avec des réponses directes aux questions que se posent vos prospects, des chiffres et des sources vérifiables, un balisage sémantique propre. L’IA n’aime pas l’implicite.

Assurez la cohérence de votre positionnement sur tous les points de contact où vous êtes cité. Si votre site dit une chose, votre profil LinkedIn une autre et vos articles une troisième, chaque moteur fera sa propre synthèse floue. La cohérence de l’identité n’est plus seulement une question d’esthétique, c’est un signal de fiabilité pour tous les moteurs génératifs.

L’IA ne vous attend pas. Elle s’est déjà forgé une opinion sur votre marque, construite à partir de tout ce que le web a écrit sur vous, en bien ou en flou. Elle la partage en ce moment à des prospects que vous ne connaissez pas encore. Vous n’avez pas été invité à relire. Vous n’avez pas validé. La seule chose que vous pouvez encore contrôler, c’est ce que vous allez construire à partir de maintenant.