Confronté à la baisse des ventes de ses quotidiens régionaux, le Groupe EBRA, propriétaire de 9 titres de presse couvrant 23 départements de l’est de la France – à l’image de L’Est Républicain (Metz), du Républicain Lorrain (Nancy) ou encore des Dernières Nouvelles d’Alsace (Strasbourg) – a présenté son plan stratégique EBRA 2030 destiné à assurer la pérennité de son activité journalistique dans un contexte de profonde mutation du secteur des médias. Un plan qui prévoit un « nouveau projet éditorial » mais aussi une réduction des effectifs – 400 postes concernés – sur fond de déploiement de l’intelligence artificielle dans les rédactions.
Comme l’ensemble du secteur de la presse, le groupe EBRA (propriété du Crédit Mutuel) est confronté à la baisse continue des ventes papier, à l’évolution des usages de l’information et à la migration des revenus publicitaires vers les plateformes numériques. Selon le groupe, les ventes au numéro et les abonnements ont été divisés par deux en dix ans. Accusant une perte opérationnelle de plus de 10 millions d’euros en 2025, il doit aujourd’hui adapter son modèle pour poursuivre sa mission d’information au service des territoires. Pour la présidente du Groupe, Sophie Gourmelen, l’objectif est d’éviter une dégradation progressive du modèle économique qui pourrait fragiliser la présence des titres dans certains territoires: « Si nous ne faisons rien, cette perte pourrait tripler d’ici 2030. Concrètement, cela voudrait dire disparaître de certains territoires et petit à petit perdre notre identité. C’est précisément ce que nous voulons éviter », a-t-elle déclaré dans un message vidéo diffusé aux salariés.
Dans le cadre de ce plan, le groupe, qui revendique encore une diffusion de plus de 800.000 exemplaires par jour pour 3,4 millions de lecteurs print et 21,4 millions de visiteurs mensuels sur le digital. et qui emploie près de 3.200 salariés, envisage un plan de repositionnement volontaire pouvant concerner jusqu’à 400 postes. Les principaux services visés sont les rédactions, l’imprimerie, l’administration des ventes et le studio graphique. La direction précise qu’aucun départ ne sera contraint et que les salariés volontaires bénéficieront d’un accompagnement personnalisé.

Nouveaux formats et nouveaux outils IA
Le plan « EBRA 2030 » s’articule autour de quatre axes: refonte du projet éditorial, rajeunissement des audiences, diversification des revenus et évolution des outils de production.
Le groupe prévoit notamment le lancement d’une plateforme numérique commune à ses neuf journaux, le développement de formats vidéo et audio ainsi qu’un renforcement des compétences en marketing, data et acquisition d’abonnés. Dans ce contexte, 68 créations de postes sont annoncées, principalement au sein des rédactions.
L’intelligence artificielle fera pleinement partie du dispositif. L’un des chantier majeur est l’automatisation de la mise en page des éditions imprimées via le projet MEPA (Mise En Page Automatique), afin de réduire les tâches de fabrication des desks et de permettre aux journalistes de consacrer davantage de temps à la production de contenus, aux enquêtes et aux reportages.
L’IA va aussi permettre de simplifier les tâches d’editing et de relecture des journalistes à travers une boîte à outils qui assistera les journalistes rédacteurs et éditeurs dans leur quotidien (proposition de titres adaptés au print et au web, tags, métadonnées, vérification orthographique, reformulation…). Le groupe souligne que les choix éditoriaux et la validation finale des contenus resteront sous la responsabilité des rédactions.
Il n’est pas question d’entrer dans une logique de génération d’information sans contrôle humain. Le principe est très clair: il doit toujours y avoir un regard journalistique, un contrôle, une validation, une exigence de vérité. L’IA peut être un outil; elle ne peut pas se substituer à la responsabilité éditoriale.
Sophie Gourmelen, Présidente du Groupe EBRA – dans une interview pour CBNews
Pour le groupe, les objectifs sont triples: améliorer les conditions de travail des journalistes; leur permettre de consacrer davantage de temps aux contenus, à l’enquête, au reportage, au numérique et à la proximité avec les territoires; et enfin, répondre aux enjeux de référencement pour assurer une meilleure exposition aux contenus du Groupe.

Diversifier les revenus au-delà de la presse régionale
Au-delà de ses activités historiques de diffusion et de publicité, EBRA entend poursuivre son développement dans l’événementiel, les services aux acteurs économiques des territoires, l’éducation aux médias ainsi que dans son pôle Tech & Numérique. Cette stratégie de diversification s’est encore accélérée en début d’année avec l’acquisition de Clubic, l’une des marques historiques de l’information technologique en France. L’opération renforce ainsi le pôle Tech & Numérique d’EBRA, déjà composé de Frandroid, Numerama et du comparateur Lemon, au sein de sa filiale Humanoid. Le groupe entend ainsi consolider sa présence sur les marchés de la tech, des services numériques et des audiences à forte valeur publicitaire, tout en développant de nouvelles synergies éditoriales et commerciales avec ses titres régionaux.
L’annonce du plan « EBRA 2030 » illustre les mutations à l’œuvre dans l’ensemble de l’industrie des médias. Confronté à l’érosion du papier et à la captation d’une part croissante des revenus publicitaires par les plateformes numériques, le groupe mise simultanément sur la transformation de son organisation, le développement des abonnements numériques, l’intelligence artificielle, la vidéo et la diversification de ses activités pour financer durablement son journalisme local.
C’est cela, au fond, qui m’anime: faire en sorte que la presse régionale reste une force vivante, moderne, économiquement viable, mais fidèle à sa mission. »
Sophie Gourmelen, Présidente du Groupe EBRA – dans une interview pour CBNews
« Mon ambition, d’ici à trois ans, est d’avoir contribué à construire un groupe pérenne. J’emploie ce mot à dessein. Pérenne, cela veut dire un groupe qui a retrouvé un modèle économique suffisamment solide pour se projeter, qui a réussi à renouveler une partie de ses audiences, qui a consolidé autant que possible ses lecteurs traditionnels, et qui reste profondément ancré dans les territoires. C’est cela, au fond, qui m’anime: faire en sorte que la presse régionale reste une force vivante, moderne, économiquement viable, mais fidèle à sa mission. » expliquait Sophie Gourmelen, la présidente du Groupe EBRA, dans une récente interview accordée à nos confrères de CBNews.

Pour rappel, le Groupe EBRA est également présent au Luxembourg via Le Républicain Lorrain, co-actionnaire de Lumedia SA, la société éditrice de Le Quotidien, aux côtés d’Editpress Luxembourg. Chacun des deux groupes détient 50% du capital.










